______Un animal, voila ce que je suis devenue. Un étre égoïste, violent, lunatique, et dénué de conscience. Un coprs sain renfermant une âme souillée. Les cicatrices visibles ne sont qu'un vague aperçu des dégats causés par le passé. Pourtant jamais je n'ai perdu l'essenciel, jamais je n'ai eu de raisons d'être au fond du gouffre. Je n'ai presque pas perdu d'êtres chers à mes yeux, j'ai toujours été nourrie et logée, avec des amis fidèles à mes côtés, un portable, un PC et de l'argent de poche. Ma mère exécute quasiment tous mes caprices et ferme les yeux sur tout le mal qu'elle sait que je fais. Alors pourquoi tant de souffrance mentale en cet être qui a à peine vécu un cinquième de sa vie? Parce qu'il y a les souvenirs. Mais pas les mauvais, non, ceux-là je prends soins de les oublier. Non ce qui fait mal ce sont les bons moments. Ceux qu'on ne pourra jamais revivre, ceux qui nous ont appris autant la sagesse que le vice, ce qui ont fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui. À trop les garder en tête on finit par regretter de grandir. Et ce n'est pas tant l'innocence de l'enfance que bétises et coups bas pardonnés car on était jeunes et insouciants qui nous manquent. Bizzarement c'est le mal, d'avantage que le bien, qui a attiré les hommes. Nos mesquineries du passé nous font sourire de nostalgie, et même si l'on s'en moque parfois sans y prêter une particulière attention au fond de nous on est jaloux. Jaloux de nous-mêmes cinq, dix ou trente ans plus tôt. On sera sans doutes jaloux de nos enfants, de la chair de notre chair, et quand en les grondant et en leur faisant la morale on leur dira qu'on apprend sur les erreurs des autres ce sera tout simplement parce qu'au fond on leur enviera de revivre tous nos premiers pêchés. Car, oui l'homme est égoïste, il veut garder le meilleur pour sa propre personne et ceux qui prétendent le contraire ne sont que des menteurs ou des ignorants. Ou alors des gens qui n'ont plus rien à perdre, au coucher de leur vie, face à la mort. Ceux là sont vrais, car la sincérité vient quand il n'y a plus aucune raison de mentir ou d'enjoliver les choses. C'est juste qu'il est trop tard. Et parfois on pense à ces moments, on s'invente notre mort ou notre suicide, aussi tragique et déchirant qu'un bon film. C'est alors qu'on se rapelle des Bons moments. Ceux qui ont été merveilleux et irregretables. On s'en souvient comme si c'était la veille, on se rapelle des gestes et des paroles dans les moindres détails, des sourires rayonants, de l'ambiance féstive, presque sacrée tellement il y a des souvenirs qui representent beaucoup pour nous. Cela peut être une soirée entre amis, les ballades dans des villes qu'on rêvait de visiter, un moment de solitude particulièrement intense ou tout simplement les premières fleurs de mimosa en décembre. Souvent on se dit que tout cela n'est que du passé, autant dire un rêve auquel on croit comme un gamin qui croit au Père Noel. Pause, on ouvre les yeux. Tout est fini, passé, oublié, rayé. Ou tout reste à venir. C'est cette ignorance qui fait peur. De savoir si l'on a déjà vécu ou non les instant les plus divins de notre existence. Rêve ou nostalgie se transforment en douleur aux souvenirs, qui est plus dangereuse encore que le desespoir. A force on s'y perd dans le suspense, et le regrêt sied en nous comme un fantôme dans un chateau hanté. On regrette ce qui n'est pas sensé l'être en se posant trop de question, pour savoir si cela en vaut vraiment la peine et les larmes. Et on se retrouve comme face à un carrefour sans indications, sans aucune réponse. Et ça me tue. Car tout ce baratin encré dans le crane empêche de voir plus loin que son nez. Et donc l'animal que je suis se trouve dans l'impossibilité de chasser son bonheur de gibier.
Je veux juste du Likin Park.